COMUNIQUÉ DE PRESSE
Le 21 mars 2025, la police de Bruxelles a évacué un campement installé le long du Hub Humanitaire, délogeant ainsi entre 15 et 20 personnes et détruisant une partie de leurs effets personnels. Dans un contexte de totale saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence, des membres du consortium Hub Humanitaire dénoncent une opération de dispersion et d’invisibilisation de la précarité. Les humanitaires réclament par ailleurs des autorités – quel que soit leur niveau de pouvoir – qu’elles œuvrent à mettre fin aux politiques de non-accueil en respectant les obligations légales de l’État !
Déloger sans prévenir, déplacer sans reloger
Le 21 mars 2025, à 15h, une voiture de police et trois combis de la cellule INT de la police de Bruxelles, soit 18 agent·es, débarquent au Hub Humanitaire. Leur mission est claire : déloger les personnes avec leurs tentes et affaires personnelles qui trouvaient refuge aux abords du Hub. L’objectif ? Éviter, selon leurs mots, l’apparition d’un « village de tentes » dans l’espace public.
Face à la disproportion évidente du dispositif et à la collaboration des personnes sur place, une partie des forces de l’ordre se retire dès 15h30. Le reste de l’équipe suit à 16h, mais après avoir annoncé qu’ielles reviendront dans l’heure avec un camion-poubelle afin de jeter toutes les affaires non récupérées entre temps. Le camion communal arrivera finalement à 16h30 et attendra trente minutes l’arrivée de deux voitures de police pour encadrer les opérations.
C’est donc en moins d’une heure que les équipes du Hub doivent expliquer la situation aux personnes présentes et improviser un dispositif pour récupérer les affaires de celles qui, n’ayant reçu aucun avertissement préalable, sont absentes et risquent de voir leurs biens jetés.
Vers 17h30, l’opération se termine, l’équipe de police quitte les lieux, laissant les personnes délogées mais toujours sans abri, trouver un autre endroit ou poser leur tente pour la nuit.
La politique « zéro campement », seul engagement respecté à ce jour
Cette intervention policière illustre une politique d’invisibilisation de la précarité qui ne résout rien et aggrave la situation humanitaire : déloger des personnes et jeter leurs effets personnels n’a jamais résolu la problématique du non/mal-logement.
Cette opération apparaît d’autant plus cynique et inefficace qu’elle s’inscrit dans un double contexte de non-accueil institutionnalisé et de saturation chronique de l’hébergement d’urgence. D’un côté, l’État belge persiste, depuis plus de trois ans, dans une politique de non-accueil structurelle envers les demandeur·euses de protection internationale, laissant chaque jour des dizaines de personnes à la rue en toute illégalité, en violation flagrante de leurs droits fondamentaux et malgré de multiples condamnations judiciaires. De l’autre, le réseau d’hébergement d’urgence à Bruxelles est totalement saturé, incapable de faire face aux besoins de mise à l’abris d’hommes, de femmes et d’enfants contraint·es de survivre dans des conditions indignes.
L’évacuation de campements et la dispersion semblent être aujourd’hui devenus les seules solutions imaginées par la ville de Bruxelles pour répondre au problème d’errance auxquels sont confrontés les personnes sans-abris à Bruxelles.
Pendant ce temps, les autorités fédérales se dérobent à leurs obligations légales – qu’elles soient belges, européennes ou internationales – et à leur devoir de protection et de mise à l’abri. Pire encore, elles instrumentalisent les conséquences de ces politiques, en se servant des images de cette précarité pour dissuader, selon la nationalité, certain·es d’envisager de demander l’asile en Belgique.
Garantir la dignité et les droits fondamentaux, pas multiplier les évacuations
Le Hub Humanitaire dénonce fermement une politique qui pousse des personnes à installer des tentes en rue faute de toute alternative. Personne ne dort dehors par choix : cette précarité est le résultat direct de l’absence de mise à l’abri et du non-respect des obligations légales des autorités fédérales. Dans ce contexte, aucune évacuation ne résoudra durablement la situation : seule la mise en place de mesures structurelles de protection et le respect des obligations légales permettront de garantir la dignité de ces personnes.
Nous exigeons des autorités qu’elles mettent un terme immédiat à la politique de non-accueil qui viole quotidiennement les droits fondamentaux des personnes en quête de protection. Nous demandons des mesures structurelles de mise à l’abri pour toutes et tous, indépendamment du statut administratif, ainsi que la suspension immédiate de toute évacuation qui ne serait pas accompagnée de solutions concrètes et pérennes d’hébergement.
Signataires et contacts
- Des acteurs du consortium Hub humanitaire
- Astrid Bimson
0493 40 56 79
astrid.bimson@medecinsdumonde.be
crédits photo : Astrid Bimson